15 janv. 2018

Écrire un guide de voyage : les coulisses

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J'ai écrit un livre. Encore aujourd'hui j'ai du mal à dire cette phrase sans une pointe de dérision. Je n'y crois pas encore tout à fait, même avec le livre entre les mains sous les yeux. Cela n'a pas été un long fleuve tranquille, il y a eu beaucoup de doutes et d'embûches et j'ai souvent eu l'impression de me retrouver seule face à une montagne, pas du tout préparée à son ascension. À chaque fois que je lisais des auteurs expliquer leur démarche, j'en ressortais frustrée par le manque d'informations pratiques. Comment fait-on, concrètement ? Quelles sont les étapes ? Où sont les conseils ? Laissez-moi vous raconter mon expérience... et peut-être qu'à la fin, nous aurons découvert ensemble les clés pour écrire un guide de voyage.

Écrire un guide : le rêve ?


Si j'ai toujours rêvé de travailler dans le monde des livres, écrire le mien ne m'a jamais sérieusement effleuré l'esprit. Petite, j'ai bien commencé des tas d'histoires, j'étais trop bavarde pour les sujets d'invention au collège que je n'arrivais jamais à terminer dans le temps imparti, j'adorais les RPG sur forum où j'inventais des aventures rocambolesques à des personnages fictifs mais ça n'est jamais allé plus loin. En en faisant ensuite mon métier, j'ai pris conscience, au-delà du parcours difficile pour se faire éditer, que le monde était déjà trop rempli d'aspirants auteurs sans talent et qu'il n'avait certainement pas besoin qu'on lui en ajoute un. Écrire de la fiction, très peu pour moi donc.

Mais quand on tient un blog, de voyage qui plus est, l'idée d'écrire son propre guide peut finir par nous traverser l'esprit. Toucher un plus grand nombre de lecteurs, partager ses bons plans, être payé à voyager et découvrir des endroits incroyables : dis comme ça, c'est plutôt tentant. Encore une fois, je n'y ai jamais songé sérieusement. Ce n'était ni un rêve ni un besoin, je ne me suis jamais imaginée auteur, ce n'était pas de ces envies qui faisaient battre mon cœur en secret. Je n'ai jamais fait quoi que ce soit pour concrétiser cette pensée passagère. On y pense, on se dit que si l'occasion se présente ça peut être amusant mais cela ne laisse pas de trace. Aussi vite formulé, aussi vite oublié.

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Et puis j'ai décidé de déménager à Vienne. Je ne sais même pas comment l'enchaînement des idées s'est fait mais un jour, lors de l'une de mes dernières soirées en France, alors que je buvais un verre avec mon collègue, qui est auteur lui, j'ai sorti comme ça : "Tu sais, en déménageant à Vienne, j'ai un plan diabolique en tête. Tu connais les éditions Nomades ? Ils font des guides décalés, écrits par des locaux. D'ici quelques années, après avoir passé du temps à connaître la ville, je pourrai leur proposer d'écrire un guide" (insérer ici un rire machiavélique... l'abus d'alcool est dangereux pour la santé... mentale !). Sur le moment, après deux ou trois bières, c'était surtout une boutade, un truc qu'on sort sans réfléchir. Est-ce que l'idée me plaisait ? Quelque part oui. Comme je l'ai dit, se voir proposer l'écriture d'un guide de voyage, quand on aime voyager et partager son intérêt pour une destination, c'est tentant. Mais c'était une chimère, un de ces projets comme "un jour j'irai dans l'espace" ou "tout lâcher, acheter un voilier et naviguer sur les mers du globe". On sait qu'au final, ça a peu de chance d'arriver. Surtout si on ne fait rien pour que ça se concrétise. Le temps a passé, j'ai posé mes valises en Autriche et je n'y ai jamais vraiment repensé.

Les débuts : quand on n'y croit pas encore


Fin mars 2017. Je suis au salon du livre de Paris, après-midi tranquille. Je dégaine mon téléphone pour la vingtième fois en trois minutes (on ne sait jamais ce qu'il peut se passer depuis les dix secondes où je l'ai reposé) et là une notification Twitter m'attend : on a tagué mon nom sur une annonce des éditions Nomades. De notification en notification, je finis par découvrir qu'ils cherchent un auteur pour un guide sur Vienne. Le temps se fige, mon cœur s'arrête de battre. Mon idée folle d'il y a neuf mois resurgit. Et si... ? Mon premier réflexe est d'oublier tout ça. Je n'habite à Vienne que depuis sept mois. Je n'ai aucune expérience dans l'écriture, mon boulot c'est de corriger celle des autres. Mon blog n'a pas beaucoup de succès, je ne peux pas vraiment le mettre en avant. Je suis certaine que d'autres avec beaucoup plus de talent et de légitimité vont se proposer. C'est trop tôt ! Bref, mille et une excuses me viennent en tête. Et puis les discussions continuent sur Twitter. J'en parle à mon collègue, qui m'encourage. Et là, se passe l'une des choses les plus incroyables de ma vie : je me jette à l'eau. J'écris un mail de contact pour proposer ma candidature. 

Ça peut paraître dérisoire mais pour moi c'était une vraie victoire : faire fi de mes doutes, me lancer dans l'inconnu, oser entreprendre ce qui pourrait résulter en un échec. Au fond de moi, je sais que je l'ai fait parce que j'étais persuadée que j'avais aucune chance sinon c'est sûr, je n'aurais pas oser sauter le pas. Quelques jours plus tard, en appelant ma mère dans la navette pour l'aéroport, je lui raconte ce que j'ai fait. Elle me pose mille et une questions ("Écrire un guide mais pourquoi ? Tu auras le temps ? C'est quoi cette histoire ? Qu'est-ce qu'il devra contenir ? Tu as déjà des idées ?") et moi tout ce que je trouve à lui répondre c'est : "T'inquiète, ça n'arrivera pas, j'ai juste envoyé le mail comme ça. Y a aucune chance que je sois retenue."

extrait vienne essentiel éditions nomades

Quelques jours plus tard, Florie et Lucille, les deux super éditrices des éditions Nomades, me recontactaient. On discute, on se Skype... Mi-avril, le projet était lancé. Début mai, je signais le contrat. L'écriture pouvait commencer.

Se fondre dans le moule


On pourrait croire que le plus dur était passé : décrocher le précieux contrat. C'est tout le contraire.

La première chose que j'ai faite (après m'être pincée à m'en faire des bleus) c'est établir mon rétroplanning. Je devais rendre le guide fin octobre, je comptais donc commencer la rédaction pendant mes vacances, fin juillet. Je savais qu'avant ce serait compliqué avec mon emploi du temps chargé. Entre-temps, pas question de chômer : j'en profiterais pour commencer les visites, réfléchir au plan et vadrouiller en fonction, amasser de la matière, mettre mes idées au clair. C'était une période assez dense au boulot, je suivais en parallèle des cours d'allemand qui m'immobilisait trois soirs par semaine : j'avoue, j'ai eu du mal à m'y mettre. J'avais en tête tellement de choses dont j'étais sûre dont je voulais parler que j'ai foncé tête baissée, trop confiante. J'ai commencé à remplir mon plan. Les endroits que je voulais mettre en avant coulaient de source. Tel musée, tel café. Ça me paraissait tellement simple : finalement, je n'aurai jamais la place pour tout me disais-je.

Je bouillonnais d'idées, j'avais plein d'envie, je m'éparpillais un peu. Je voyais les choses en grand. Trop grand. Rapidement, au bout du premier mois, il a fallu que je me rende à l'évidence. Je faisais complètement fausse route. Je savais ce qu'on attendait de moi, ce que devait contenir le livre, mais je passais mon temps à vouloir plier les contraintes pour qu'elles s'accordent avec ma vision du guide, à essayer de contourner les choses pour lesquelles je n'étais pas à l'aise ou qui ne m'inspiraient pas. Il a bien fallu à un moment que j'accepte, et que j'intègre surtout, que ça ne marchait pas comme ça. 

Ce n'est pas si évident en fait, surtout quand on n'a pas l'habitude d'écrire sous contrainte, avec une vraie commande derrière. J'avais une marge de manœuvre, j'étais libre de parler de ce dont je voulais et organiser le guide comme je le souhaitais, mais avec un cadre précis, aussi bien dans le fond que dans la forme. Il fallait donc trouver un équilibre entre mes envies et ce qu'on attendait de moi. J'ai perdu beaucoup de temps à ce moment, à essayer de trouver le bon chemin à emprunter. Et une fois que c'est arrivé, les vraies difficultés ont commencé.

extrait vienne essentiel éditions nomades restaurant clementine im glashaus

Le début des recherches : le moment idyllique


On était à peu près mi-juin, il ne me restait grosso modo qu'un mois pour continuer mon travail sur le terrain avant de rentrer en France pendant cinq semaines. J'avais enfin fini mes cours d'allemand et je retrouvais du temps pour moi. J'étais toujours confiante, persuadée que tout se passerait bien, que je maîtrisais mon sujet : bref, j'avais le temps et j'étais dans les temps. Dès le départ j'avais une vision assez claire de ce que je voulais proposer, des adresses que je voulais absolument inclure dans le guide, mais sur certains points, j'étais complètement larguée. Mon contenu était complètement disproportionné : je savais que j'avais trop d'entrées pour telle partie (les cafés par exemple) et pas assez pour d'autres (les adresses shopping). Mais je prenais les choses à la cool, je multipliais les visites sans vraiment être organisée. Je laissais les choses se faire. Grosse erreur.

Avec le recul, je pense que c'est la période qui m'a le plus desservie. J'organisais mes week-ends complètement en dilettante, je n'avais pas de direction claire. J'avais l'impression d'être occupée car effectivement j'étais occupée, je visitais des endroits, je testais des restaurants, mais sans aucune ligne directrice. Je suivais mes envies, ce qui m'attirait sur le moment, les lieux dont j'avais entendu parler depuis des mois et dont j'avais enfin l'excuse parfaite pour y aller. Je butinais d'ici, de là. Mais sans plan, sans ligne directrice, j'ai à cette période perdu beaucoup de temps : certes, c'est à relativiser, car j'estime que tout ce que je découvre de Vienne est bon à prendre, pour moi d'abord, pour le blog ensuite. Mais si je lorgne du côté de l'efficacité de mon temps dédié aux recherches, j'étais clairement dans les choux. L'organisation, vraiment, c'est la clé.

Résultat, début juillet, j'avais un premier plan finalisé à peut-être 50 %. C'est toujours le flou total sur des parties entières, pour d'autres il me manquait juste une adresse par-ci, par-là. Mais j'étais plutôt satisfaite : ça commençait à prendre forme, ça semblait se tenir et ça me paraissait assez varié.

Puis je suis rentrée en France.

extrait vienne essentiel éditions nomades raimundhof

On commence la rédaction 


J'ai commencé la rédaction pendant mes vacances, comme prévu. J'avais peur d'éprouver des difficultés mais j'ai réussi rapidement à m'astreindre à un bon rythme. Le guide était découpé en fiches, je me réservais une à une heure et demie d'écriture par jour (quand je pouvais, principalement le matin : adieu les grasses matinées !), en essayant au moins de tomber quatre à cinq fiches par session (soit environ mille signes à chaque fiche). J'avançais toujours un peu dans le flou (par exemple suivant si la fiche est illustrée par une photo ou non, mon quota de signes n'est pas le même et à ce stade c'était un point auquel je n'avais pas du tout réfléchi) mais mon but était de sortir le premier jet le plus rapidement possible, d'écrire un maximum pendant que j'avais du temps, quitte à reprendre et peaufiner par la suite.

Chacun a son propre rapport à l'écriture mais pour moi, l'exercice n'a pas été évident. J'ai eu du mal à trouver le bon ton. D'ailleurs, je n'y suis pas parvenue tout de suite, comme vous le verrez ensuite. J'ai commencé par les fiches les plus simples, les lieux qui me parlaient le plus, ceux que je connaissais le mieux. Je pensais que ça serait plus facile comme entrée en matière. L'écriture n'est pas naturelle pour moi, pourtant ce n'est pas faute d'être entourée de textes au quotidien. Mais je sais que c'est quelque chose qui me demande des efforts. Au fil des années, le blog m'y a aidée un peu, mais je ne me leurre pas : je n'ai pas de style particulièrement agréable, je n'écris pas très bien ; j'ai tendance à faire des phrases trop longues ou trop alambiquées, et si je n'y prends pas garde j'utilise vite un phrasé très oral. De plus, j'aime être factuelle. Mon truc, c'est raconter des anecdotes, partager des infos, abreuver de détails. Je ne sais pas écrire dans l'émotion, dans l'intime. Et surtout, j'ai l'impression de ne pas savoir organiser mes idées ou faire dans la concision. On se demande bien pourquoi avec tout ça je me suis mis en tête d'écrire un foutu bouquin... Tout ça pour dire que j'ai dû arracher chaque mot, chaque ligne à mon cerveau malmené. C'était une véritable lutte de tous les instants : je sortais de ces cessions complètement épuisée et pas vraiment satisfaite du résultat. J'avais la désagréable impression de faire du sur-place.

Malheureusement je n'ai pas gardé de trace de combien j'ai écrit durant ce premier mois d'écriture. Pas autant que je le voulais en tout cas. Peut-être un quart, un petit tiers du guide ? En tout cas, à ce stade, aucune inquiétude en vue encore, même si je commençais vraiment à ressentir ça comme un vrai travail : finie la lune de miel, la partie de plaisir était terminée. Fin août, j'ai envoyé mon premier travail à mon éditrice, pour voir si j'allais dans la bonne direction. Et là...

La page blanche


En gros, ça n'allait pas. Mon ton ne correspondait pas à ce qui était attendu. Je devais tout reprendre et revoir mon approche. Et surtout, me glisser dans un style d'écriture où je ne suis pas du tout à l'aise. Tous les doutes que j'avais refoulés ont resurgi, toutes mes insécurités sont remontées à la surface, toutes les craintes informulées quand je m'étais lancée dans ce projet m'ont frappée de plein fouet. Plus que le syndrome de la page blanche, c'est celui de l'imposteur qui m'a fait vaciller.

Pendant trois semaines, j'ai été paralysée. Je ne pouvais pas ouvrir mon fichier, je ne voulais pas y penser, je faisais des insomnies, j'étais dans un état de stress constant. Je ne voyais pas comment m'en sortir. L'échec tournait en boucle dans ma tête, je me sentais la dernière des nulles. C'était au-dessus de mes forces de m'y replonger et de corriger le tir. Et plus j'y pensais, plus le problème grossissait, forcément, plus je m'imaginais que rien n'allait : je remettais tout en cause, mon travail, moi. En parallèle, je voyais le temps filer et tout ce qu'il me restait à faire, ce qui n'arrangeait pas mes inquiétudes.

extrait vienne essentiel éditions nomades

Un jour, il a bien fallu sauter à nouveau dans l'inconnu et affronter mes peurs. Il n'était pas question de tout abandonner. À force de cogiter, de digérer, de retourner le problème dans tous les sens, j'ai trouvé le courage d'ouvrir mon fichier. C'était le premier pas dont j'avais besoin. J'ai relu mes premières fiches. J'ai compris ce qui n'allait pas, ce qu'on me reprochait. Ce n'était pas si terrible. Je voyais déjà comment rectifier ça. La chape de plomb qui m'étouffait et menaçait de m'écraser a fondu. Je me suis de nouveau attelée à la tâche.

Le sprint final


Pendant ces trois semaines d'immobilité forcée, je n'ai jamais vraiment arrêté de penser au guide : il tournait en tâche de fond dans mon cerveau, je me triturais les méninges sur la direction que je voulais qu'il prenne autant que sur cette histoire de ton qui n'allait pas, même si je n'y travaillais pas activement... et que je mobilisais toutes mes forces à me faire croire l'inverse. Quand j'ai repris, tout s'est débloqué d'un coup et les choses sont donc allées très vite. J'avais toujours des doutes sur des parties de mon sommaire, doutes qui ont subsisté jusqu'au bouclage du livre (dire que je croyais au tout début que j'arriverais à finaliser mon plan en un mois, sur rien d'autre je ne me serais aussi lourdement trompée durant toute l'écriture) mais tout s'est ensuite très vite mis en place. J'ai repris toute la rédaction et réécrit toutes les fiches accouchées douloureusement durant l'été, rencontrer enfin les personnes qui devaient apparaître dans le livre m'a ouvert de nouvelles perspectives et j'ai ainsi tout mené de front durant le dernier mois : me décider sur les endroits qu'il me manquait, caser les dernières visites, réécrire l'intégralité des fiches donc, effectuer les interviews, shooter les dernières photos...

Si on me demande combien de temps j'ai mis pour écrire le livre, je serais bien en peine de répondre un ou huit mois, tellement j'ai eu l'impression de tout faire durant le mois d'octobre. Mes journées étaient complètement dingues : après mes heures de travail normales, j'enchaînais sur des visites, souvent plusieurs endroits à la chaîne (et si j'allais dans un bar ou restaurant, je prenais mon ordi avec moi pour bosser en même temps ou au moins prendre des notes) ou passais la soirée à écrire, jusqu'à tard dans la nuit. Les week-ends, je calais les visites dont les horaires d'ouverture étaient en journée ou qui nécessitaient des photos de jour. C'est d'ailleurs à ce moment que j'ai pris pleinement conscience d'à quel point j'avais été désorganisée dans mes préparatifs : je suis revenue un nombre incalculable de fois aux mêmes endroits car j'avais oublié des détails ou des infos, je me suis rendu compte que des endroits que j'avais visités à des occasions différentes étaient en fait relativement proches et que j'aurais pu combiner des visites bien plus intelligemment... Quelle perte de temps, au moment où j'en avais le moins !

Avec tout ça, je n'ai rien fait d'autre (bon, si je dois être honnête, c'est faux : j'ai quand même trouvé le temps de m'enfiler les sept saisons, soit cent cinquante-six épisodes, de la série The Good Wife pendant ce marathon d'octobre ; ça a été ma récréation, ma bulle d'air nécessaire pour avancer ; et oui, je n'ai pas beaucoup dormi en octobre), ce qui s'est notamment ressenti sur le blog où j'ai pris quelques semaines de break car clairement je ne pouvais plus tout mener de front. Je n'ai quasiment rien fait pour moi, rien que pour moi, durant cette période. Toutes mes sorties, toutes mes activités étaient centrées uniquement sur le guide, ce qui devenait parfois un peu étouffant, surtout après presque six mois à ne faire que ça : à la fin j'en arrivais même à ne plus prendre plaisir à manger à l'extérieur et chaque sortie se transformait presque en corvée. Il était temps que ça se termine.

extrait vienne essentiel éditions nomades strandbar herrmann

Fin octobre est enfin arrivé. J'ai rendu mon livre à temps, quasiment finalisé. J'ai ajouté quelques détails par la suite en novembre, sur des événements ou des endroits pour lesquels il me fallait un peu plus de temps. Et parce qu'à un moment il faut savoir s'arrêter, j'ai dit stop. Pas la partie la plus facile, encore une fois (finalement, je me demande ce qui a été facile dans tout ça) tellement je doutais (et je doute encore) de la pertinence de certaines fiches et étais persuadée que je pouvais trouver mieux. Ensuite, ça a été l'interminable attente avant le bouclage fin décembre.

Choisir les photos et la couverture


Le guide contient pas mal de photos, une par page minimum, et toutes celles pour les parties. Les choix se sont faits assez naturellement, entre les endroits que je voulais absolument illustrer, ceux dont je savais que je n'aurais rien d'exploitable ou pas le temps, vu la météo pourrie de cet automne, de retourner shooter quand je les avais visité lors de mes trois précédents voyages. Quelques-unes, pour illustrer certaines parties, m'ont un peu plus posé problème car je tends à prendre toujours le même type de cliché et photographe n'est clairement pas un métier dans lequel je pourrai me réorienter, il me manque cette curiosité et cet œil indispensables à la profession. Mais globalement j'ai rarement eu à me triturer longtemps les méninges sur la partie illustrative.

Non, l'épineux problème a été la couverture. Je me retrouvais avec le même dilemme que pour la totalité du guide : j'avais carte blanche mais je devais également me fondre dans la ligne graphique de la collection. Quelque chose d'assez graphique justement, de coloré, souvent abstrait. Pendant des semaines, ça a été le blocage total. Je savais ce que je voulais (un endroit qui me parle particulièrement) et ce que je ne voulais pas (impossible de fournir la photo d'un bâtiment ultra moderne ou coloré par exemple, qui ne correspond pas du tout à l'image que j'ai de la ville et qui serait donc en totale contradiction avec le côté fondamentalement personnel du guide). J'ai un peu regardé ce qui se faisait sur les couvertures d'autres guides sur Vienne et j'ai vite compris qu'un bâtiment classique, parmi les plus célèbres de la ville, n'allait pas fonctionner (j'ai quand même envoyé une proposition avec ma Karlskirche bien-aimée mais je savais qu'elle ne serait pas retenue).

Mais au fond de moi, je savais très bien ce que je voulais vraiment : ce guide n'aurait pas de sens si la couverture ne reflétait pas le pourquoi de mon attachement à Vienne. Alors certes, tout lien avec Gustav Klimt était forcément écarté. Qu'à cela ne tienne : il était évident que ma couverture devait présenter un élément art nouveau, n'importe lequel. Rien d'autre ne me correspond autant dans cette ville ! Vu le temps imparti, j'ai shooté les bâtiments qui étaient les plus emblématiques et les plus à portée de main (tant pis, jolie église Am Steinhof), j'ai envoyé plusieurs propositions et c'est finalement la superbe (et peu vue) Maison aux médaillons, que l'on doit à Otto Wagner avec des décors de Koloman Moser, qui a été retenue. Et vous savez quoi ? Le traitement colorimétrique est vraiment superbe (je m'en veux juste de n'y avoir pas pensé) et je ne pouvais pas rêver plus belle couverture !

Bouclage et sortie, enfin


Comme je le disais plus haut, j'ai ensuite longuement attendu que Lucille, mon éditrice, me recontacte pour le bouclage. Pendant presque deux mois après avoir rendu mon fichier, ça a été le silence radio. Connaissant le milieu, je n'étais pas trop inquiète - j'avais fait ma part du travail, ce n'était plus entre mes mains désormais - mais en apparence seulement. Est-ce que ça allait ? Est-ce qu'il ne fallait pas que je change telle ou telle fiche ? Et s'il fallait encore tout reprendre, car le ton n'allait pas ? Au fur et à mesure des jours, même si j'essayais de la jouer cool, j'ai senti le stress monter. Et puis finalement, mi-décembre, mes craintes ont été dissipées quand les choses se sont remises en branle. En une semaine, tout était terminé : il a fallu travailler sur les derniers détails, on a bossé sur les cartes (chapeau à Guillaume pour son boulot !), j'ai relu la version finale, j'ai trouvé que c'était pas si mal finalement et que ça se tenait plutôt bien, et le livre est parti chez l'imprimeur.


extrait vienne essentiel éditions nomades dazu

Aujourd'hui, presque un an après le début de cette folle aventure, le livre est enfin sorti. Ce sera désormais aux lecteurs de juger si j'ai bien fait mon travail !


Un travail d'équipe


Écrire est un métier bien solitaire mais un livre ne se fait pas tout seul. Durant tous ces mois, j'ai eu la chance de trouver en Lucille (et Florie, pas loin, j'en suis sûre) mon éditrice une oreille attentive, qui a subi mes innombrables questions et tentatives d'adapter le guide à ma sauce en me remettant patiemment dans le droit chemin. J'ai saoulé plus que de raison ma mère avec mes innombrables remises en question, mes idées, mes interrogations, mes dilemmes, des fois juste par besoin de m'entendre réfléchir à voix haute. Pardon maman ! J'ai eu des amis formidables qui m'ont aidée à proposer une traduction correcte des interviews en anglais et en allemand que j'ai dû faire, qui ont eu la gentillesse de me lire, qui n'ont jamais été avares en encouragements (surtout quand j'étais au plus bas) et qui globalement ont supporté avec beaucoup de patience, encore une fois, que je ne parle que de ça pendant des mois et des mois. Hermine, Pauline (je sais que vous me lirez) et les autres qui ne savent pas que ce blog existe, mille mercis ne suffiront jamais !


Alors, concrètement, y a quoi dedans ?


Je voudrais terminer cet article sans fin (chapeau si vous êtes arrivés jusqu'ici !) avec quelques mots sur le contenu du livre. Évidemment, ma plus grande crainte c'est les fautes que l'on juge mes choix peu pertinents, que l'on me remonte que mes adresses choisies sont nulles. C'est le jeu, je sais : ce guide est le reflet de mes goûts et je crois qu'on a jamais envie de s'entendre dire qu'on a mauvais goût. Certains choix sont discutables, j'aurais certainement pu mieux choisir parfois. On peut toujours faire mieux. Je connais aussi mes limites (je ne peux pas connaître la ville aussi bien que quelqu'un qui y a vécu 20 ans - encore que, ça pourrait se discuter) mais surtout, je sais quelles contraintes je me suis imposées.

Si vous ne connaissez pas les éditions Nomades (maintenant c'est réparé), leurs guides prennent le parti de proposer des adresses alternatives aux guides touristiques classiques. Exit les endroits que tous les Français fréquentent grâce au Routard, ils veulent de l'insolite, du peu vu, du personnel, de l'alternatif quoi ! Un concept qui me parle, forcément, vu que c'est ce que j'essaye déjà de faire sur ce blog. Sauf qu'il y a aussi la réalité de la ville et des touristes (moi la première) : génial ce café au fin fond du 18e arrondissement, sauf que personne ne va aller faire 1 h 30 de tram et se perdre dans un quartier pas du tout attractif où y a rien d'autre à voir juste pour une adresse. Ou du moins : pas la majorité des lecteurs potentiels.

extrait vienne essentiel éditions nomades


Alors oui, je cite des endroits plutôt touristiques (peut-être que certains voyageurs n'achèteront que ce guide alors je voulais que mes endroits incontournables y soient quand même présents : il me semblait par exemple inconcevable que je ne mentionne pas Schönbrunn, où j'emmène toutes les personnes qui me rendent visite, pas forcément pour le palais, mais pour le parc et ses multiples activités). En contrepartie, je me suis fait plaisir en parlant d'autres lieux qui, clairement, n'ont pas un potentiel touristique très important (la villa Otto Wagner par exemple) parce que zut, c'est mon guide après tout ! Le plus difficile a été au niveau des adresses, pour les mêmes raisons : rester dans des quartiers accessibles, où l'on a des chances de se rendre, tout en évitant les restaurants les plus touristiques par exemple. Mais comment faire quand c'est pour moi un incontournable et touristique ? Casse-tête, hein ?

Comme il a bien fallu un jour mettre un point final à ce livre, je conclus ici cet article et ferme, provisoirement, la parenthèse sur cette belle aventure. Si vous êtes aspirant auteur de guide de voyage, j'espère que vous aurez su trouver entre les lignes quelques conseils pour vous aider à avancer. Pour les curieux, j'espère que vous en savez maintenant un peu plus comment se déroulent les coulisses. Et pour tous les autres, si jamais vous décidez de me faire confiance et achetez le guide, surtout venez me dire ce que vous en avez pensé (mais seulement si c'est positif... ah ça va, si on ne peut plus plaisanter !).

vienne essentiel éditions nomades
J'ai créé une page dédiée au guide, vous y trouverez toutes les actu le (me) concernant 
et quelques avis, quand il y en aura.

Écrire un guide de voyage : les coulisses (avec Vienne l'essentiel, paru aux éditions Nomades)
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8 commentaires :

  1. Bonjour, j'ai découvert votre blog il y a peu quand la possibilité d'une expat à Vienne à été d'actualité. Pour le moment, on ne sait pas mais si ça se confirme, je ne manquerais pas d'acheter votre guide. J'ai eu le plaisir de faire le tour du Vienne touristique, du coup il serait parfait. Bravo pour votre travail.

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    1. Merci Audrey ! J'espère que ce projet d'expatriation aboutira, si c'est quelque chose sur laquelle vous comptez. Et si jamais vous finissez par acheter le guide j'espère que vous y trouverez votre bonheur ! En tout cas, coins touristiques ou non, Vienne est vraiment une ville très agréable, qu'on la visite ou qu'on y vive !

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  2. Je suis allée jusqu'au bout de l'article. Bravo pour ce guide. Je me doutais bien que derrière les guides touristiques il y avait beaucoup de travail ! Bon moi je suis à Portsmouth en Angleterre je doute de l'intérêt de créer un guide mais l'expérience a l'air très intéressante même si chronophage. Encore bravo !

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    1. Félicitations d'avoir réussi à tout lire ;)
      Oui c'est beaucoup de boulot, surtout quand c'est le premier : si d'aventure j'ai la chance d'en refaire un autre, je devrais être mieux organisée ! Mais surtout le gros avantage c'est d'être sur place : après cette première expérience, vraiment je n'envie plus ceux qui doivent abattre la même charge de travail en une période de temps bien plus courte. Là, chapeau bas !

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  3. Bonsoir, je suis allée au bout de l'article et je vais même aller lire les autres articles du blog ! Votre écriture est très agréable à lire, rythmée par quelques touches d'humour... et la démarche d'expliquer combien il est difficile d'écrire un guide, intéressante. Je vais à Vienne en mai prochain et je vais donc aller voir en librairie si je le trouve ; sur internet, il est indisponible. Bravo et à bientôt le plaisir de vous lire !

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    1. Bonjour Fabienne, bienvenue ici et merci pour votre commentaire très gentil. Ravie si l'article vous a intéressée ! Pour le guide, oui je remarque qu'il n'est pas disponible pour le moment (je ne sais pas trop pourquoi), j'imagine que ça ne va pas tarder... Je sais qu'il est possible de le commander directement auprès de l'éditeur (ils ont des exemplaires) ou si vous habitez à Paris d'aller le récupérer directement chez eux. En tout cas, j'espère que vous apprécierez votre séjour à Vienne. Ce sera une première fois ?

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    2. Bonsoir, oui ce sera la première fois et je reste une semaine. Je vais essayer de le commander à l'éditeur car je vis dans le sud de la France (Les Cévennes). J'irai avant voir mon libraire, je pense qu'il pourra me le commander. Je vous tiendrai au courant. Bonne fin de soirée.

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    3. Une semaine, super, vous aurez le temps de bien en profiter !
      Oui n'hésitez pas à le commander auprès de votre libraire, c'est peut-être la solution la plus pratique : comme ça, dès qu'il sera disponible, vous pourrez le recevoir directement. Je croise les doigts pour que ça ne tarde pas trop !

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